Témoignages

Graces à de nombreux témoignages nous avons pu mieux comprendre et dévelloper notre sujet, ainsi qu'approfondir notre réflexion sur la prison.

" J'ai les larmes aux yeux. Je découvre que les détenus, avant la détention, arrivent parqués dans un camion dans des sortes de placards individuels, comme du bétail. On les emmène au sous-sol avant les empreintes et la photo : là, ils sont mis dans des placards grillagés minuscules, à quatre, où ils ne peuvent que se tenir debout, serrés les uns contre les autres, les malades comme les bien portants." raconte Véronique Vasseur, ancien médecin-chef à la prison de la Santé à Paris.

"La personne doit faire la démarche. C'est essentiel que cela vienne d'elle. Bien souvent, les amis, la famille viennent nous voir pour que l'on prenne en charge leur proche à sa sortie de prison. C'est inutile, ça ne fonctionne pas si l'ancien détenu n'a pas choisi de s'en sortir par sa seule volonté. Nous, nous ne sommes qu'un relais, c'est eux qui doivent faire le travail de réinsertion. " éxplique Caroline Urban, éducatrice spécialisée à Air libre.

"Nous essayons de les préparer à la sortie trois mois avant la date fatidique à raison d'une journée par semaine. Plus de la moitié d'entre elles ont un niveau CAP donc nous essayons de leur faire obtenir un diplome plus élevé qui leur permettra de trouver un poste intéressant par la suite. " Philippe Wotling, conseiller à l'emploi et correspondant justice.


Les prisonniers sont les mieux placés pour parler de la vie en prison.

 "Les murs sont sales et tagués. On s’entasse à trois, avec des lits soudés au mur, dans une petite pièce prévue pour deux. T’as une fenêtre grillagée minuscule, un lavabo d’eau froide, et les toilettes derrière deux petites portes battantes. L’odeur est insupportable. L’été, si t’as pas 35 euros pour cantiner un ventilateur, tu meurs de chaud."

" J’avais droit à un seul parlu (le parloir, en argot des prisons, ndlr) par semaine. Ça fait pas beaucoup pour voir sa famille. Une fois, j’attendais mon tour, le gardien a fait exprès de me laisser dans ma cellule. J’ai mis mon drapeau (une feuille de papier glissée à l’extérieur de la porte pour faire signe au surveillant, ndlr) Rien. J’ai crié, j’ai tapé sur la porte. Il a fini par venir, mais il n’a pas voulu m’emmener. J’ai gueulé, alors il a ouvert, il m’a bousculé, et il a appelé ses collègues qui sont venus m’intimider. C’était un lundi, et à cause de ça, j’ai pas eu de parlu jusqu’au samedi de la semaine d’après." Ce sont trois passages d'un témoignage de Wilfried, ex détenu à Boisd'Arcy (78), où il a passé un an pour des délits routiers.

" J'ai été incarcéré le 27 juillet 2006 à Saint-Paul, raconte-t-il. Lorsque vous arrivez, vous laissez votre pécule à l’entrée, mais toute la prison sait immédiatement que vous avez de l’argent. J’avais 1 500 euros. Je me suis retrouvé dans une cellule de deux, où nous étions cinq en tout. Le premier soir, il ne s’est rien passé. Le lendemain, le plus âgé est resté dans la cellule avec moi pendant que les autres allaient en promenade. Il m’a dit : "Si tu veux être protégé, tu devrais te mettre avec moi, tu éviteras les ennuis." J’ai fait la bêtise d’accepter. On a fait ça, puis les autres sont remontés de promenade et il leur a raconté, en arabe. Après, ils m’ont violé pendant quatre jours et obligé à cantiner pour eux, à commander des cigarettes. Ils menaçaient de faire des tournantes dans les douches si je refusais. L’auxiliaire d’étage a fini par prévenir le directeur et j’ai été transféré à Villefranche, où j’ai été hospitalisé pendant dix jours. " Vincent, ex détenu, condamné à deux ans de prison ferme pour avoir détourné de l'argent à un medecin.

"En sortant du bureau du juge d’instruction, on a roulé pendant plus d’une heure. Un tas de questions me turlupinait : avec qui je vais me retrouver en cellule, mon codétenu sera-t-il calme ou violent, comment sont les gardiens, est-ce que la nourriture est aussi dégueulasse que l’on dit, est-ce propre... Une fois arrivé à Bonneville (en Haute-Savoie), dans la cellule qui était prévue pour deux, il y avait trois gars, dont un qui dormait par terre. Avec moi qui arrivais, nous étions quatre dans 9m². Quant aux formalités d’écrou, c’est quand ils m’ont pris mes bijoux et en voyant l’insalubrité des locaux que j’ai compris que je ne devais plus compter sur ma fierté et mon image, qu’à présent je pouvais m’asseoir dessus et attendre. Je l’ai compris dès que j’ai passé la porte et que ces messieurs de l’administration pénitentiaire m’ont appelé soit par mon numéro d’écrou, soit par mon nom de famille. J’étais arrivé dans une basse-cour où je ne pouvais compter que sur moi, à voir les cafards, les rats et les détenus qui tapaient aux portes et gueulaient aux fenêtres à toute heure du jour et de la nuit." Christophe B., maison d’arrêt de Douai Dedans


 

Mais c'est sans oublier leur famille ou amis qui souffrent également de leur incarcération.

" Mon fils sait parfaitement où nous sommes, nous lui avons toujours dit la verité. Mais il refuse d'en parler. Jamais il ne prononce le mort prison. Ce qui lui importe, c'est de savoir que son père est quelque part, meme à noeuf cents kilomètres de chez lui." Petra, épouse d'un détenu.

"Je suis femme de détenu. L'homme que j'aime est incarcéré dans une maison d'arrêt à 600 kilomètres de chez moi. Pour aller le visiter je dois faire 5 heures de train aller et 5 heures de train au retour. En étant dans cette maison d'arrêt, il paye sa dette a la société, mais que fait la justice pour les familles de détenus ? Je suis scandalisée, seule, et profondément meurtrie par cet éloignement. A qui s'adresser pour  faire partager cette épreuve si douloureuse. Je n'ai que 21 ans, je ne connais rien du monde carcéral, mais je sais une chose, que dans une situation pareille, on ne peux compter que sur soi-même. Personne ne vous écoute et pourtant mon cri de désespoir est grand. Je sais que beaucoup de familles vivent une situation similaire, et j'espère que ce message puisse faire bouger les choses. Doit-on condamner les familles de détenu a organiser leur vie autour du milieu carcéral, on ne vit plus, on survit." M... 21 ans, Paris.

 

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